Erasmus+ ! C’est pour nous aussi ?

Coopérer avec des pairs en Europe et à l’international ne va pas de soi ! S’inscrire dans des dynamiques d’échanges avec l’appui de fonds européens peut paraître inaccessible ! Être soutenu en tant que structure associative locale par un programme qui parle d’éducation et de formation comme Erasmus+ semble impossible !

Nombreux sont les acteurs associatifs culturels, socioculturels, de jeunesse et d’éducation populaire qui regardent passer des informations sur des projets de coopération européenne et/ou internationale et se disent : « ce n’est pas pour moi ! Jamais l’Europe ne financera un projet de mon association !».

Ce déficit de légitimité pour accéder à des fonds européens est, selon nous, lié à un environnement français qui maintient la confusion entre éducation populaire et animation socioculturelle et construit ses politiques publiques autour du culturel et du socioculturel d’une manière séparée et distincte.

En tant qu’association locale culturelle d’éducation populaire et de jeunesse française, Samba Résille a depuis toujours défendu que tout individu a le droit d’accéder à une pratique artistique, y compris en amateur, de l’apprentissage à la diffusion de spectacles, à contrario de ce que défendent bon nombre d’acteurs culturels qui se revendiquent « professionnels » et qui ne voient pas toujours d’un bon œil cette militance par crainte d’une contraction de leurs opportunités d’emploi.

Une militance que Samba Résille fait vivre au travers d’une utopie collective inclusive nommée à la genèse de la structure « les délires associés » et dont les acteurs d’aujourd’hui réaffirment vouloir défendre l’esprit et la lettre en revendiquant une place d’OCNI (Organisme Culturel Non Identifié) dans le paysage culturel et créatif.

Ce constat, toujours actuel sur le corporatisme dans la culture, a été analysé il y a déjà 20 ans par Pierre Mollinier, spécialiste des politiques culturelles en France, dans son ouvrage « Les associations dans la vie et politique culturelles : regards croisés » publié en 2001. En effet, l’auteur insiste sur un paradoxe dans la distinction classique entre « l’être associatif » et les « activités associatives » ; le secteur de la « culture » s’intéresse plus aux secondes, à ses productions et ses contenus, qu’au premier, pourtant capital pour fonder la sociabilité publique et privée voulue par le législateur en 1901. Comme dans la philosophie, on pourrait dire que le secteur culturel a privilégié l’accident au détriment de l’essence. Ou encore qu’il a « instrumentalisé » la loi pour monter en épingle les produits (œuvres d’arts, spectacles, équipements culturels, etc.) au détriment des agents et des acteurs (amateurs, spectateurs, visiteurs, créateurs, membres des associations, etc.). En effet, la plupart des responsables culturels, aidés par leur administration, ont tendance à mettre sous les feux de la rampe des « professionnels » spécialistes de « l’excellence » qu’ils opposent avec superbe à l’amateurisme approximatif des bénévoles : « le domaine culturel est ainsi curieusement un créateur d’associations très prolifique qui n’accorde pas une valeur exemplaire au fait associatif. »

De plus, la confusion maintenue entre éducation populaire et animation socioculturelle est le résultat de politiques publiques qui ont neutralisé son pouvoir critique, et qui ont obtenu que bien des associations s’autocensurent pour correspondre à ce qu’on attendait d’elles. Pourtant, l’éducation populaire n’a rien de commun avec la notion de « loisir », qui, comme l’écrit Jean Foucambert, de l’Association française pour la lecture, n’est jamais que « du temps gagné sur le travail spolié, du temps pour oublier le travail, pour tenter de s’en remettre. Et s’y remettre. » « L’éducation populaire est une pratique culturelle de résistance, a écrit le pédagogue belge Jean-Pierre Nossent. Ou plus exactement de mise en œuvre d’une culture de la résistance. Résistance à quiconque voudrait réduire les individus et les groupes sociaux à un objet pour le capitalisme qui tente de les enchaîner au service de biens de consommation, tant par leur inclusion dans son système que par l’exclusion de certains. »

La culture est un outil de dignité pour les peuples. Mais par culture, il ne faut pas entendre la production d’ « œuvres » par des « artistes » estampillés, que le bon peuple se doit d’admirer pour être reconnu comme « cultivé ». Ce qui compte, encore une fois, c’est d’encourager toutes et tous à œuvrer. Il est moins question d’amener les gens à « la culture » que de favoriser l’expression de la leur, ou tout du moins de leur identité. Samba Résille est de cette veine !

Aujourd’hui, après d’intenses coopérations internationales qui ont associé, et associent, de nombreux partenaires européens, africains et latino-américains, qui ont permis de réaliser plus de 1000 mobilités individuelles à l’international entre 2016 et 2020, qui ont assuré une diffusion d’œuvres et la valorisation de nombreux artistes locaux et internationaux, qui ont créé des espaces de résidences croisées entre opérateurs artistiques et culturels et des séminaires de formations pour des opérateurs culturels et acteurs jeunesse, nous pouvons témoigner qu’Erasmus+ a été un cadre d’accompagnement et d’épanouissement de nos projets culturels, là où le Ministère de la Culture français accompagne à la marge les pratiques amateurs laissant le soin aux collectivités locales, en fonction de leur bon vouloir, de déployer une politique dédiée aux pratiques artistiques en amateur.

Nous pouvons affirmer qu’Erasmus+ a été et est une valeur ajoutée pour mettre en œuvre des actions en coopération qui sommeillaient faute de moyens et de politiques volontaristes locales et nationales ; ce programme européen nous a permis d’améliorer ostensiblement notre capital d’expériences mais également une foultitude de compétences chez nos membres et ceux de nos partenaires européens et internationaux, salariés et bénévoles.

Alors quand vous entendez quelqu’un vous parler de coopérations européennes et internationales, cultivez chez vous votre légitimité à en être ! Nous aussi, longtemps nous pensions que ce n’était pas pour nous ! Longtemps on nous a dit que c’était pour les autres !

Erasmus+ offre plus qu’une mobilité physique et géographique, il vous permet d’être acteurs de la transformation dans un monde riche de ses diversités culturelles et qui n’attend que vous ! 🙂

Découvrez nos projets : https://samba-resille.org/international-platform/ (link is external)

M. Hamza MEDKOURI, Directeur de Samba Résille

Retrouvez cet article sur la plateforme EPALE de la Commission Européenne :
https://epale.ec.europa.eu/fr/blog/erasmus-cest-pour-nous-aussi

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