Corto à Liège, Belgique

      
En tant que futur CICCE, Centre d’Initiatives Culturelles et Citoyennes, Samba Résille souhaite étoffer son panel d’outils de mobilités. À côté des projets développés dans le cadre du programme Erasmus+, l’association a investi le champ du SVE (Service Volontaire Européen). Dans le cadre de ce programme remplacé en 2019 par les CES (Corps Européen de Solidarité), l’association a participé à la mobilité d’un jeune Toulousain, Corto BUSCAGLIA.

Corto, touché par une déficience visuelle, souhaitait entreprendre un SVE en Belgique à l’IRHOV (Institut Royal des Handicapés de la Vue et de l’Ouïe) lui permettant de développer des compétences en animation spécialisée et en informatique adaptée. L’IRHOV étant la structure d’accueil, Samba Résille a donc joué le rôle de structure d’envoi, tandis que l’organisation Views International coordonnait la mobilité.

Nous sommes donc partis à Liège effectuer une visite d’observation avec Corto afin de s’assurer que les conditions d’accueil allaient lui convenir et finaliser les démarches administratives. Corto a effectué un stage de huit mois en Belgique, qu’il a trouvé extrêmement enrichissant. Il a trouvé là-bas l’opportunité de poursuivre une formation pour devenir instituteur spécialisé et projette de s’y installer pour une longue durée.

Les bénéfices sont donc importants pour Corto, confirmant les témoignages selon lesquels les mobilités de longue durée (Erasmus+, SVE) ont souvent un impact majeur sur le projet de vie des personnes. Les bénéfices sont importants pour Samba Résille également, qui a scellé un partenariat de confiance avec Views International et l’IRHOV. Un nouveau projet de mobilité est en cours d’élaboration, cette fois-ci avec l’IJA (Institut des Jeunes Aveugles) de Toulouse. Il permettra à une équipe d’éducateurs et de jeunes d’effectuer un stage d’observation d’une semaine à l’IRHOV, prélude à de potentiels envois de plus longue durée.

Témoignage

Bonjour tout le monde !

Je suis Corto Biscaglia, un Français de 29 ans ayant une déficience visuelle. J’ai souffert de la maladie de la rétinite pigmentaire, une maladie génétique qui provoque une perte progressive de la vision, depuis l’âge de six ans. À ce jour, bien que des progrès significatifs aient été réalisés sur le terrain, aucun traitement n’est possible pour guérir la maladie.

Cependant, j’ai suivi un cours de réadaptation pour les personnes ayant une basse vision dans un centre spécialisé qui m’a permis de maîtriser les techniques d’utilisation de la canne blanche, du braille et des technologies adaptées. C’est grâce à ces compétences que je peux vivre de façon autonome, que j’ai obtenu un diplôme conjoint en histoire et en géographie et que j’ai pu terminer un service civique dans une petite association qui travaille pour les personnes ayant une déficience visuelle.

C’est mon expérience de service civique qui m’a inspiré à postuler au programme du Service volontaire européen en Belgique, et c’est ainsi que j’en suis venu à travailler pour l’Institut royal pour les malentendants et les malvoyants, partenaire de VIEWS International, basé à Liège.

Mon rôle à l’école est d’enseigner aux élèves malvoyants ou aveugles des techniques pour surmonter leur déficience visuelle et les aider à devenir autonomes. Je travaille avec des élèves du primaire (âgés de 6 à 10 ans) et des élèves du secondaire (âgés de 14 à 21 ans).

En général, je travaille en tête-à-tête avec les étudiants, mais parfois je travaille aussi avec des groupes, par exemple dans mon cours de braille du lundi matin, j’ai cinq étudiants. Dans cette classe, les élèves utilisent le Perkins, une machine à écrire en braille, pour apprendre et mémoriser des caractères en braille, et les élèves plus avancés lisent des livres en braille pour améliorer leur précision et leur vitesse.

Dans les sessions individuelles, nous apprenons à utiliser correctement la canne blanche, à l’intérieur et à l’extérieur, et parfois sous le bandeau. Ils apprennent à monter et descendre les escaliers en toute sécurité, à suivre un chemin tactile, à balayer correctement la canne pour se protéger et à imaginer l’espace qui les entoure.

Ils utilisent également une technologie adaptée en mémorisant les positions des touches sur un clavier d’ordinateur et en utilisant des raccourcis clavier pour interagir avec des pages Web ou différents logiciels.

Toutes ces compétences exigent un apprentissage long et méticuleux, mais elles sont nécessaires pour leur intégration sociale et leur avenir professionnel.

J’organise aussi de petits ateliers culturels qui peuvent inclure la préparation d’un plat régional de mon Toulouse natal ou la présentation d’une carte tactile de la France. C’est possible grâce à mes collègues qui m’apportent une aide et des conseils précieux.

Je souhaite que ces activités soient enrichissantes pour eux et pour leur avenir. Quant à moi, je leur apporte mon expérience de vie et mon expérience de vivre avec une déficience visuelle.

Les étudiants sont vraiment fantastiques ; ils sont de grands auditeurs et travaillent fort pour surmonter leurs difficultés. Tout ce dont ils ont besoin, ce sont les moyens de réussir et la chance de réaliser leurs rêves.