FINLANDE / FRANCE / SUÈDE

Programme Erasmus+
KA1 – Mobilité du personnel de l’éducation des adultes
Coordinateur du projet

   


Constructeurs d’espaces de coopérations multiculturelles

« Constructeurs d’espaces de coopérations multiculturelles » est une coopération entre trois structures européennes qui utilisent le samba (genre musical originaire du Brésil) pour mener des actions créatives, sociales et citoyennes. La coopération vise à développer les compétences artistiques et managériales des personnels impliqués pour consolider et amplifier les réseaux sambistes en France et en Europe.

Deux mobilités apprenantes seront mises en place pour répondre à des objectifs bien spécifiques :
• approfondir les compétences artistiques et élargir le spectre multidisciplinaire des activités des partenaires ;
• se former et concevoir des outils pour structurer et faire grandir les réseaux sambistes européens ;
• interroger la fusion de la culture brésilienne avec les cultures du Nord pour s’en inspirer et favoriser l’engagement interculturel.

Ce programme nous permettra, en lien étroit avec nos partenaires :
• de créer un répertoire commun et de diffuser les compétences artistiques nouvellement acquises ;
• de publier un état des lieux des réseaux existants et de rédiger une liste d’actions à mettre en place pour favoriser les partenariats et les bonnes pratiques ;
• de partager les adaptations de la culture brésilienne par les 3 pays partenaires.

L’art et la culture sont envisagés ici comme outils de cohésion sociale, d’épanouissement personnel et d’opportunités internationales, ainsi que comme une composante majeure du secteur économique européen. Le projet partage la vision de l’Union Européenne en considérant le secteur créatif comme étant « un outil essentiel de sortie de crise » dans la stratégie 2020 pour une croissance intelligente, durable et inclusive.

Partenaires

La Fédération finlandaise des écoles de samba (Suomen sambakoulujen liitto ry) œuvre pour proposer des expériences et des savoirs sambistes, et pour promouvoir le samba comme loisir au niveau national et international. Elle représente aujourd’hui 7 écoles de samba à travers la Finlande pour plus de 800 membres, et vise avant tout à faire croître les compétences et les connaissances relatives au samba et à mettre en œuvre des coopérations internationales entre les associations membres et d’autres écoles de samba.

A Bunda est une des plus anciennes et des plus importantes école de samba en Europe. Créée en 1984 par un collectif de Suédois qui a mis en place des activités avec des Brésiliens demandeurs d’asile dans les années 1980 fuyant la dictature militaire de leur pays, c’est aujourd’hui l’une des plus renommées en Europe.

C’est une organisation culturelle ouverte, à but non lucratif, construite autour de plusieurs pôles d’activités artistiques, culturelles et sociales. Elle agit pour faire la promotion de la culture brésilienne et utilise les arts carnavalesques comme outil d’apprentissage et de médiation.

Composée de plus de 300 membres, elle est organisée autour de plusieurs pôles d’activités de formation artistique, notamment en percussions brésiliennes, danse brésilienne, théâtre de rue, arts du cirque, harmonie et chant brésilien, mais également en création de costumes, en scénographie et construction de décors mobiles.

Mobilités

Du  3 au 9 juin 2019
Coopérer pour grandir  / Les réseaux

Cette mobilité a permis d’échanger autour des particularités des réseaux sambistes en Europe et d’acquérir des connaissances sur le fonctionnement en fédération de notre partenaire finlandais ainsi que sur la légitimité et la reconnaissance que cela leur apporte. La conception d’outils visant à consolider les réseaux existants a été ainsi possible. Les participants ont été également amenés à s’interroger sur la culture brésilienne, son appropriation en Europe et sur le sens de la coopération créative internationale, notamment grâce à leur participation au carnaval d’Helsinki.

Les activités :
• des tables rondes sur l’arrivée du samba en Finlande et sur les origines du samba en France ;
• des séances d’information et de discussion sur les origines et l’organisation de la Fédération finlandaise de samba et sur les outils mis en place pour permettre ce travail en réseaux ;
• des masters classes de danse et de percussions ainsi que des ateliers de préparation au Carnaval d’Helsinki ;
• des visites d’écoles de samba hors Helsinki ;
• la participation au défilé du carnaval ;
• des visites de l’école de Samba GRES Maciera de Ouro à Talinn, Estonie ;
• une rencontre avec le Centre culturel Caisa d’Helsinki.

Juillet 2020
Créer pour s’engager  / Les arts vivants

Cette seconde mobilité consistera en un partage de compétences artistiques et techniques. Les participants pourront acquérir un apprentissage pluri-disciplinaire, mêlant danse, musique, chant et théâtre de rue. L’accent sera également mis sur la scène et le travail scénique grâce à l’expérience de notre partenaire suédois. Une analyse de la fusion des cultures et de son impact au sein de nos propres pratiques pourra ainsi être menée pour favoriser l’engagement interculturel.

Menée conjointement par les personnels de Samba Résille et de ses partenaires, la formation comprendra :
• des tables rondes sur l’arrivée de la Samba en Suède et sur les origines de la Samba en France ;
• des séances d’information et de discussion sur la dynamique des Encontros européens depuis les tout premiers dans les années 1980 ;
• des ateliers artistiques pour le jeu sur scène et d’autres rencontres artistiques ;
• des séances de discussion et de débat sur la question des réfugiés brésiliens dans les années 1970 et sur l’arrivée aujourd’hui de nouveaux réfugiés.

Témoignages

Adhèrent de Samba Résille depuis 2014, j’ai eu la chance de participer à plusieurs mobilités. À Liverpool d’abord (x2), puis Rotterdam, Lisbonne, Cap Town en Afrique du Sud, Porto et la dernière en date à Helsinki. D’un point de vue personnel, le plaisir commun à toutes ces aventures a d’abord résidé dans les moments de partages musicaux. Que ce soit pour la préparation des défilés, de carnavals, les workshops avec échanges de morceaux et chansons avec nos divers partenaires ou chaque moment de vie commune où les barrières de la langue sont balayées par l’envie de faire vivre cette onde percussive si plaisante.

C’est en racontant ces mobilités à mes proches que je mesure à chaque fois un peu plus la chance que j’ai de pouvoir partir dans ces conditions, découvrir ce qui se fait dans d’autres pays grâce au vecteur musique.

Ces mobilités constituent aussi un cadre idéal pour découvrir les adhérents de sa propre association (… surprise garantie !)

Il devient alors possible de s’appuyer sur ce supplément de complicité pour enrichir la musique que nous jouons ensemble à Toulouse.

Encore une mobilité réussie, vivement la prochaine. Kiitos !

Déclic de la virade dans un abris antiaérien finlandais

Sous un porche, dans une ruelle d’Hesinki, une lourde porte de fer débouche sur une galerie, taillée grossièrement dans la roche. Des inscriptions blanches faites au pochoir rappellent les temps de la guerre. Le dédale conduit à une vaste salle voûtée, c’est la salle de répétition de l’école de samba Papagaio.

Idéale, en 2019, pour contenir le vacarme d’une bateria de samba, cet endroit servait autrefois d’abri aux enfants d’une crèche toute proche. C’était contre les bombardements aériens, au temps où les pays d’Europe se faisaient la guerre.

Nous participons à une « master class » de batucada conduite par Marcus, un des meneurs de Papagaio. Chacun saisit un instrument. Je prends un tamborim. J’avais l’habitude de jouer de la caisse claire au temps révolu où je jouais dans la troupe de Samba Résille (je suis maintenant dans le groupe de Pagode).

Papagaio joue du samba carioca. Ce rythme du sud du Brésil accompagne le carnaval de Rio de Janeiro. Les tamborim y sont frappés avec une rotation rapide du poignet, qu’on appelle la virade ou le retourné. La maîtrise de la virade distingue le joueur de tamborim confirmé. Ce geste, peu pratiqué chez Samba Résille qui préfère les rythmes du nord du Brésil, m’a toujours semblé hors d’atteinte.

Désireux de faire bonne figure devant Marcus qui nous montre le rythme à travailler, je place d’abord des virades malhabiles. Bienveillant, Marcus nous remontre le geste. Puis Erisoa prend le temps de nous expliquer qu’il faut anticiper le geste du poignet, juste avant la frappe.

Et c’est le déclic. J’y arrive! Il m’aura fallu venir à Helsinki pour comprendre le geste ultime du tamborim, que je croyais depuis des années inaccessible.

Bon, restons modeste. Il va encore falloir répéter beaucoup pour que le geste s’inscrive dans mon cerveau et devienne réflexe. Mais le principal est fait et je le vis comme une victoire. Je sais le geste et je peux le répéter quand je le veux.

Ce que les Finlandais font du samba, ce que le samba fait aux Finlandais… et ce que j’ai appris du samba en Finlande

Dans un immense bâtiment industriel désaffecté, à l’écart du tumulte du centre d’Helsinki, des hommes, des femmes et des enfants s’affairent : on met la touche finale au char, on peaufine les costumes, on revoie les pas de danse, on accorde les instruments… À l’extérieur, commence la répétition générale de Papagaio pour la grande parade du carnaval qui a lieu ce week-end. Ce qui frappe de prime abord, le premier jour de cette mobilité, c’est la proximité avec Rio, dans les costumes, le style de musique, la structure de la parade : figures libres, porte-drapeau, Bahaianaises, danseuses, la bateria qui accompagne le puxador et le cavaquinho, la « vieille » garde à l’arrière… tout y est ! D’ailleurs, comme au Brésil, le carnaval d’Helsinki a son roi et sa reine, et il donne lieu à une compétition prise très au sérieux.

Cette impression de vouloir coller au plus près de ce qui ce fait à Rio, je la retrouverai plusieurs fois dans la semaine, en assistant aux prestations des groupes de la « Noite das fantasias » sur la scène de l’Apollo Club ou lors de la répétition du GRES Samba carioca à Turku. Les costumes tout de plumes, de couleurs et de paillettes projettent des images du carnaval brésilien. Les arrangements musicaux se calent sur les chansons, des breaks sophistiqués et des variations techniquement avancées donnent du relief, de la richesse et de la diversité. Unité de style, unité d’univers… Drôle de contraste pour nous, batuqueiros et batuqueiras de Samba Résille, où c’est plutôt le « free style » et la diversité des genres qui dominent ainsi qu’une liberté prise avec les codes carnavalesques. Drôle de contraste aussi avec les batucadas de France, où la danse et le chant ont une place assez limitée. Mais comme dans tout voyage, les premières impressions vont vite être dépassées.

Deuxième jour, séminaire autour du samba en Finlande et en France. Toni Ström raconte son parcours et nous confie qu’il a décidé de dédier sa vie à cet univers. Pour lui, c’est un véritable « way of life ». Tous les membres de sa famille jouent du samba ! Harri Engtrand, qui a occupé plusieurs postes à Papagaio, n’a pas manqué un seul carnaval depuis 1991. En Finlande, le samba est affaire de passionnés ! Toni et Harri déploient une énergie folle depuis les années 1990 pour le fonctionnement de leur école et pour le rayonnement du samba en Finlande et à l’étranger. Ici, les subventions ne dépassent pas 10 % du budget, alors il faut trouver des financements, des partenaires et des solutions pour louer ou se faire prêter des espaces de répétitions, pour payer l’électricité, assurer la sécurité pendant le carnaval… Chaque membre de l’école cotise pour son inscription à la parade.

Côté musical, plus que de passion, il faut parler du désir d’exigence. En plus des répétitions, les musiciens s’entraînent en regardant des vidéos brésiliennes sur Youtube. À l’école de Turku, un joueur de chocalho a réalisé une thèse de musicologie et les tamborim ont suivi un stage avec un mestre de la prestigieuse école Mangueira de Rio. Sami Kontola qui dirige l’une de nos masterclass, a été admis en son sein, au Brésil, c’était alors l’un des premiers européens à intégrer leur bateria. Et on retrouve cette volonté d’excellence quand il nous demande de jouer lentement et bas pour bien distinguer les rythmes et pour focaliser notre attention sur l’harmonie. Car l’exigence est aussi collective. D’ailleurs, après chaque carnaval, les membres des écoles débriefent joyeusement en regardant la vidéo de leur prestation pour l’analyser.

Dans une petite salle attenante à l’espace de répétition de Turku, je rencontre Taru, fleuriste et mère de cinq enfants, qui passe tout son temps libre à fabriquer des costumes. Elle me montre des photos de ses réalisations : des coiffes de trois mètres de haut, des plastrons imposants et variés, une robe qu’elle a passée quatre-vingt heures à confectionner ! Près d’elle, Mari la taquine en racontant que lors d’un dîner chez elle, Taru continuait à travailler sur ses tenues tout en surveillant les casseroles sur le feu… On l’aura compris, côté costume, l’investissement n’est pas négligeable non plus ! Chaque membre doit réaliser le sien, et les parents sont responsables du costume de leurs enfants. Les formes et les couleurs s’appuient sur le thème de la parade, déterminé par un comité, même si chacun peut apporter ses idées.

Cette exigence contribue à développer des liens humains forts, plus qu’un esprit d’équipe, un esprit de famille. À Turku encore, on nous invite à consulter les albums de l’école fondée en 1986 et on nous offre le catalogue réalisé pour leur vingtième anniversaire. Pêle-mêle : des coupures de journaux de prestations, des photos de participation à des carnavals, mais aussi, des photos de mariages de membres qui se sont rencontrés à l’école, des faire-part de naissance de bébés nés de ces unions… et partout des sourires, de la convivialité, de l’amusement.

Dans les écoles finlandaises de samba, toutes les générations sont présentes. Pendant les répétitions pour le carnaval, des enfants aident à la fabrication des costumes, suivent les pas des danseuses ou jouent au ballon. Des cours leur sont dédiés, animés par des membres de l’école, et ils participent à la parade. Parfois, des compagnons de danseuses, inquiets de les voir défiler en tenue légère, intègrent la bateria. Et comme dans toute famille, des personnes arrivent chaque année, certaines partent, d’autres reviennent ou changent de rôle, des danseuses deviennent musiciennes, des musiciens endossent un rôle administratif…

En Finlande, le samba est bien plus qu’un copié-collé du carnaval de Rio. Style issu d’un mélange de cultures, ce genre musical et l’univers qui l’entoure engendrent de nouveaux métissages culturels, comme un réseau vertueux d’inventivité artistique et humaine aux connexions qui se démultiplient à l’infini.

Car si la musique reprend ici les codes du samba carioca, les chants, comme celui du carnaval de Papagaio, « Aika » (le temps), sont composés en finnois. À Turku, on s’applique à relier le thème de la parade à l’environnement local. Cette année, le comité d’organisation a choisi l’intelligence artificielle en lien avec la présence importante d’étudiants en hautes technologies dans la ville. Et même si on affiche une volonté de ne faire ni politique ni religion, des thèmes engagés autour de l’environnement ont été développés par le passé. Quant au contexte météorologique, il engendre des contraintes pour lesquelles on trouve des solutions. En hiver, des peaux artificielles sont utilisées à cause de l’humidité et du froid tandis que les peaux animales, qui produisent un meilleur son, sont réservées aux prestations.

Au cours de nos visites et des masterclass, je sens bien l’effervescence, la pression et les enjeux de la compétition du carnaval. Pourtant, la convivialité règne : le désir de partager des moments musicaux, d’échanger sur des pratiques culturelles d’un pays à l’autre, la bonne humeur pendant les répétitions, l’énergie de la danse. Et c’est peut-être l’essence même du samba qu’on retrouve ici, comme à Samba Résille, ce plaisir d’être ensemble autour de la musique, ces liens riches de sens qui se créent entre les individus. Probablement notre part de latinité, qu’on soit de France, du Brésil ou de Finlande… une constituante universelle de l’humanité ?