Progression du projet 100%

Programme Erasmus+
KA2 – Renforcement des capacités dans le domaine de la jeunesse
Coordinateur du projet

   

La construction culturelle de la jeunesse et la construction juvénile de la culture

Ce programme d’échanges a pour but d’améliorer les capacités coopératives à l’international et la qualité de l’animation socio-éducative de toutes les parties prenantes et renforcer les capacités créatives et d’innovation de tous les acteurs impliqués. Samba Résille (France) coordonne ce projet financé par la Commission Européenne (Programme Erasmus+ KA2 – Renforcement des capacités dans le domaine de la jeunesse) en partenariat avec Barefeet Theatre (Zambie) et Artscape (Afrique Du Sud).

Le projet aborde deux questions en simultané, et non d’une manière séparée, quand les politiques publiques les distinguent, à savoir la construction culturelle de la jeunesse et la construction juvénile de la culture.

Les travaux sont conduits autour de la diversité culturelle sous l’angle de la construction culturelle de la jeunesse au regard de sa propre diversité en tant qu’être singulier, en tant que personne dans un groupe social et en tant qu’individu lié à la destinée de son environnement entendu au sens le plus large, avec un focus sur la jeunesse vulnérable : jeunes dans la rue (Zambie), jeunes des townships dans l’après-Apartheid (Afrique du Sud) et jeunes en situation de handicap (France).

Comment accompagner les initiatives artistiques et culturelles portées par les jeunes caractérisées par une innovation créative ? Comment les travailleurs jeunesse ont-ils besoin d’adapter leurs médiations face à ces dynamiques culturelles portées par les jeunes ? Comment renforcer les capacités des organisations jeunesse à mener des projets de coopérations culturelles transnationales qui contribuent à créer des richesses économiques et sociales favorables à une transformation sociale ?

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Témoignages

Imaginez-vous être coincé sous un ciel étranger avec 40 inconnus et un objectif : mettre en place un monde meilleur pour nos jeunes. Maintenant, imaginez que ces 40 inconnus soient divisés en 3 délégations (une zambienne, une française et une sud-africaine) et imaginez-vous toutes les barrières pouvant exister entre elles. Je me souviens de ces mots de Maria Popova : « La pensée critique sans espoir est du cynisme. L’espoir sans la pensée critique est de la naïveté. »  Pour cette raison même, cet échange culturel entre la France, la Zambie et l’Afrique du Sud est l’une des expériences les plus enrichissantes que j’ai vécue jusqu’à maintenant. Nous sommes rentrés avec plus d’espoir entre nos mains.

En provenance de Zambie, nous avons rencontré Barefeet Theatre un groupe de danseurs, acteurs et chanteurs inspirés et passionnés, fermement décidés à réintégrer les enfants des rues dans la société. Nous avons voyagé dans leur monde plein de sons et de couleurs, là où la poussière s’accroche aux arbres et où il n’y a pas d’échappatoire à la pauvreté. Chaque fois qu’un pied frappait le sol, ou que des mains se tendaient vers le ciel, les luttes auxquelles font face les enfants zambiens au quotidien étaient partagées. Aidés par les mouvements de danse rapides et par l’appel des tambours – chaque rencontre avec nos frères zambiens de Barefeet Theatre nous a laissés enthousiastes, fatigués et surtout plein d’espoir.

De Toulouse, nous avons rencontré la délégation française. Leur amour pour le samba émane d’eux et attire les gens. À travers la musique, ils sont capables d’atteindre n’importe qui, indépendamment de l’âge, de la religion ou de l’origine ethnique. C’est sur les jeunes qu’ils ont choisi d’agir en premier lieu. C’est ce que l’on peut voir clairement avec le groupe Les Pourquoi Pas Nous, des jeunes qui adorent les percussions et qui se trouvent avoir un handicap d’apprentissage. Grâce à l’accompagnement de Samba Résille, ils ont réussi à abattre des murs (les leurs et ceux des autres) à travers la musique.

Ce fut la visite d’un orphelinat pour garçons qui a effacé les barrières entre les délégations. Les Français et les Sud-africains ont fourni des protections hygiéniques à Barefeet pour les filles vivant dans la rue dont l’équipe s’occupe. Je me souviens de Phodiso Matloga, notre leader, sud-africaine et sans peur, qui me regardait quand nous entrions dans l’orphelinat, et qui m’a dit en me regardant : « Tu vas pleurer… » et nous avons effectivement tous pleuré… Les murs étaient légèrement peints, les arbres offraient un peu d’ombre aux enfants qui se pressaient à l’intérieur.

L’équipe de Barefeet anime des ateliers au quotidien pour les enfants de l’orphelinat et pour d’autres organisations avec lesquelles ils sont en partenariat. Une fois par semaine, les animateurs offrent aux enfants un bain, de la nourriture, et une chance de faire un pas pour s’éloigner des rues, si c’est leur choix. Les enfants des rues sont trouvés dans un état de très mauvaise santé, couverts de saleté, dans des endroits sombres et dangereux. Leurs yeux sont souvent plein du sommeil provoqué par les drogues qui bouillonnent encore dans leurs corps, alors même que les animateurs soignent les blessures qu’ils ont subis la nuit précédente. Certains étaient réticents à participer aux activités, mais le son des percussions et la vivacité des Zambiens les ont fait changer d’avis.

Hugues de Samba résille a dit : “J’ai essayé de parler à un enfant qui était un peu plus âgé, mais je ressentais chaque mot comme une injustice. Je suis blanc et privilégié. Mais cet enfant qui a si peu s’est chargé de me rassurer. Il m’a dit que même s’il devait attendre 100 ans pour voir une porte ouverte, il le ferait. Et jusque-là, il survivrait à la rue et à tout le reste. Je suis parti en étant persuadé qu’il en était capable… »

Christelle Dreyer, une danseuse et artiste, a été tout autant affectée : « Je sais que je me plains à propos de mon handicap, mais ces enfants vivent dans des conditions tellement difficiles que j’ai dû m’arrêter… ». Christelle défend les droits des personnes handicapées où qu’elle aille, et a transmis des leçons de vie à ceux qui l’entouraient à l’orphelinat. Shamilla Jaffer a résumé la journée en une phrase : « C’est à ce moment-là que nous sommes tous devenus humains… » Oui, nous avons tous mis de côté nos angoisses stupides pour nous concentrer sur ceux qui étaient devant nous, des enfants qui avaient besoin de nous. Des enfants en danger. C’était la raison pour laquelle nous étions là après tout… 

Les bonnes pratiques ont été partagées tout comme les défis que nous vivons tous. Nous avons déduit de cette expérience que les Zambiens ont une riche culture de la danse qui permet de transmettre n’importe quel message aux personnes les plus vulnérables. Les Français ont une nature d’explorateur et très curieuse qui remet en question toutes les notions perçues d’un endroit ou d’une personne. C’était Greg Valter de Samba Résille qui nous a révélé un élément qui unit les Sud-africains et, bien qu’ayant beaucoup voyagé, je n’en avais pas conscience. Les Sud-africains adorent chanter. Nous avons des bonnes et des mauvaises chansons pour chaque occasion, et nous avons besoin de très peu d’encouragement pour porter nos voix aux cieux.

J’ai quitté la Zambie très affectée, déterminée à donner plus, certaine que ma voix est assez solide pour s’attaquer aux problèmes sociaux auxquels est confrontée l’Afrique du Sud. Et encore plus certaine des gens qui sont à mes côtés. Alors que je contemplais la lune zambienne une dernière fois, les mots du poète Rilke m’ont réconfortée…

« Sois patient envers tout ce qui n’est pas résolu dans ton cœur et essaie d’aimer les questions elles-mêmes comme si elles étaient des pièces fermées à clé, comme des livres écrits dans une langue étrangère. »

http://auriolhaysmusic.co.za/tag/samba-resille/

As an ambassador you are representing the brand, its goals and mission and you are a leader and a role model to other young visual entrepreneursread the entire Southern Suburbs Tatler’s article >>>

CAPE TOWN – AFRIQUE DU SUD 02-11/2018
Jazz et Histoire, une immersion sensible dans l’histoire d’un township sud-africain

Au Centre culturel du township de Langa, situé à la périphérie de Cape Town, nous avons rencontré la chanteuse de jazz Sylvia Mntuyedwa et son mari historien. Par la combinaison de leurs talents respectifs, l’histoire et le chant, nous avons vécu un moment exceptionnel, une immersion à la fois précise et sensible dans l’histoire de l’Afrique du Sud. J’en retire une meilleure compréhension des deux notions suivantes, essentielles pour comprendre le contexte sud-africain :

1. Apartheid

L’apartheid, officiellement institué en 1948 (mais en réalité précédé d’une ségrégation bien plus ancienne organisée à l’époque de la tutelle britannique, cf. notamment le Native Urban Areas Act de 1923 qui introduit la ségrégation résidentielle dans les villes), repose sur un paradoxe apparent : il assume dans le même temps une entreprise de contrôle totalitaire et d’exploitation des populations noires, et la revendication d’un développement séparé (c’est le sens du mot apartheid), visant en apparence l’autonomisation de ces mêmes communautés.

Ce mensonge inique, qui revenait à parquer les Noirs dans des townships prétendument « autonomes » mais privés de tous les leviers de développement et maintenus sciemment dans une dépendance et une exploitation économique totale, est parfaitement illustré par l’histoire de Langa, premier township de Cape Town. Le township de Langa fut créé en 1927. Modèle d’urbanisme ségrégationniste, il accueillit un premier foyer de population constitué de familles expulsées de la ville du Cap, auquel vinrent rapidement s’agréger des vagues de travailleurs célibataires venus des campagnes de l’Ouest du Cap. Cette division fut encouragée par les Afrikaners, car elle leur permettait d’entretenir à moindre frais une rivalité et une défiance mutuelle entre les deux groupes, tant leur situation différait : d’un côté des paysans célibataires entassés dans des baraquements, de l’autre des familles légèrement mieux loties qui voyaient d’un mauvais œil ces hommes sans attaches et plus précaires qu’elles-mêmes.

2. Communauté

Malgré tout, le temps et surtout la nécessité de s’organiser contre l’ennemi commun (cf. la montée en puissance de l’ANC) finit par réduire les différences : la communauté de Langa était née. Dans un tel contexte d’adversité et d’atomisation (déracinement, dislocation des réseaux sociaux et familiaux traditionnels), la recomposition en une communauté stable et autorégulée revêtait une importance capitale, concrète autant que symbolique.

À ce sujet, les discussions des réunions de préparation à la mobilité ont laissé entrevoir les difficultés que l’on peut avoir en France à comprendre la notion de communauté telle qu’elle est vécue dans bien des parties du monde (pays anglo-saxons, Afrique, Amérique du Sud). Elle désigne chez nous une réalité généralement indivisible et abstraite (communauté nationale, religieuse, scientifique, etc.), tandis qu’en Afrique du Sud, elle recouvre une réalité sociale concrète, celle d’un bassin de vie ou quartier où prévaut dans la population un fort sentiment d’appartenance entretenu par des relations concrètes et quotidiennes, d’ordre social et culturel.

À l’effort continu d’asservissement matériel et moral entrepris par Afrikaners, la communauté répondit avec les moyens dont elle disposait. Comme souvent dans les sociétés coloniales, les populations asservies se recomposent autour de ce que l’on ne peut leur retirer, à savoir les pratiques socioculturelles (cf. l’histoire du samba et des favelas). Sylvia et son mari nous ont expliqué le rôle fondamental que le jazz, qui venait d’émerger dans les communautés afro-américaines, a joué à Langa à partir des années 1940 : le township a compté jusqu’à 40 big bands ! La pratique s’est étiolée au tournant des années 1970-1980, et plus encore avec la fin de l’Apartheid en 1994 et l’entrée dans la démocratie individualiste-libérale. Mais les inégalités socio-économiques, elles, demeurent…

Pour aller plus loin, je vous recommande les sources suivantes :
Myriam Houssay-Holzschuch, Le Territoire volé, une géographie culturelle des quartiers noirs de Cape Town (Afrique du Sud)
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00185377/document
Cherry Schrecker, La Communauté. Histoire critique d’un concept dans la communauté anglo-saxonne.
http://www.melchior.fr/lecture/la-communaute-histoire-critique-dun-concept-dans-la-communaute-anglo-saxonne

Étape 1 : Lusaka en Zambie

Plusieurs temps d’échanges et de partages ont rythmé ce séjour chez Barefeet Theatre et en présence d’Artscape. Plusieurs moments de riches et intenses dialogues en plénière et d’autres plus intimes, qui nous rappellent à quel point parler, écouter et dire, permet de simplement se rapprocher, se comprendre, découvrir, se surprendre et nourrir nos envies communes.

Ce séjour fut sensible parce qu’il a touché nos sens en puisant dans des collaborations artistiques pour que se mêlent des chants, des musiques et des danses issus de contrées diverses, démontrant que les liens entre individus que permet de construire l’art sont puissants, dépassant les frontières de toute supposée différence. L’art culinaire ne fut pas en reste, touchant à nos papilles, parfois les surprenant par des chenilles grillées, voire nous repousser dans nos retranchements face aux brochettes de souris !

Ce séjour fut sensible parce qu’il a touché au plus profond de nos êtres lorsque nous avons découvert les actions au quotidien de Barefeet Theatre auprès d’enfants et jeunes livrés à eux-mêmes dans la rue. Après une phase émotionnelle naturelle, nous avons pu mesurer l’immense talent des membres de Barefeet Theatre pour agir en prenant soin des autres. Des enfants et des jeunes, mais aussi de nous, qui découvrions des situations désolantes voire insupportables, avec notre prisme sur l’État providentiel. En Zambie, il n’y a point de politiques sociales, encore moins de politiques culturelles inclusives pour les jeunes. C’est la société civile qui s’organise avec les moyens du bord palliant aux premiers besoins des enfants en leur prodiguant des soins essentiels pour répondre à leur détresse psychosociale : se laver, manger, ouvrir des espaces de parole, panser les plaies et les douleurs, chanter, danser, rire.

Ce séjour fut sensible parce qu’il nous a aussi permis de retrouver du sens dans nos actions. Du sens sur la médiation sociale qui s’appuie sur l’outil artistique, sur le rôle inclusif de la culture dans l’accompagnement des jeunes dans leur cheminement vers la vie adulte et dans la capacité des arts à rapprocher les personnes au-delà des supposés différences existantes entre elles.

Ce projet fut une illustration de ce que la diversité culturelle peut offrir à chacun comme possibilités pour accéder à une existence intellectuelle et affective satisfaisante. Parce que nos richesses expérientielles furent partagées entre acteurs jeunesse et par l’analyse de nos pratiques, nous avons eu le sentiment d’avoir élargi nos horizons de coopérations et touché de près ce que peuvent être nos liens durables futurs.

La richesse des connaissances acquises et des expériences vécues pendant cet échange exceptionnel n’est pas quantifiable.

Cependant, en repensant à chaque étape de notre voyage ensemble, il est clair que chaque pays est différent, mais agit selon le même fil conducteur : croire à l’émancipation et à la responsabilisation de la jeunesse, à travers les arts et la culture, malgré les défis rencontrés par tous. Nous avons exploré ensemble la question de l’éducation et construit un réseau, qui n’aurait pas été construit sans cet échange.

En tant qu’artiste en situation de handicap, j’ai acquis des connaissances sur les succès et les difficultés que chaque pays connaît avec la jeunesse en situation de handicap. Je suis honorée d’avoir pu partager mes connaissances sur ce projet et d’avoir appris de chaque participant.

J’encourage chaleureusement la croissance des connaissances par le biais de notre communication régulière.

Hommage à une femme exceptionnelle
Certains connaissent déjà Grace Tombozi Banda, de l’organisation Barefeet en Zambie.
Barefeet est située à Lusaka et agit pour le bien-être des jeunes vulnérables de la capitale. La structure a été partenaire de Samba Résille dans le cadre du projet Erasmus+  » Construction culturelle de la jeunesse et à la construction juvénile de la culture « .

Ce que certains ne savent peut-être pas, c’est que Grace est une femme exceptionnelle, une femme brillante, professionnelle et chaleureuse, et qu’entre nous est née une amitié incroyable qui dépasse les frontières, les nationalités et les différences sociales.

Nos premiers échanges ont été professionnels. J’ai été surprise de la trouver assez froide et un peu rude dans sa manière de communiquer. Mais ça, c’était avant de comprendre que sa façon de travailler est plus anglo-saxonne que latine, plus directe et straight to the point que notre façon à nous d’interagir, méditerranéens.

Au fur et à mesure de la construction du projet, nous avons appris à nous connaître. Grace est une femme qui ne met pas de filtre : elle m’a laissé entrer dans son univers, elle m’a parlé, spontanément et sans détour, de ses bonheurs mais aussi des obstacles qu’elle rencontre.

Elle doit faire face, au quotidien, à de multiples difficultés. En premier lieu, elle est femme, dans un monde professionnel qui ne laisse la place qu’aux hommes. En Zambie, la place d’une femme est à la maison, à faire le ménage et à s’occuper des enfants. La pression sociale sur elle est forte pour qu’elle arrête ses activités professionnelles et retourne « dans le droit chemin » (le partage des tâches au sein de son couple fait notamment l’objet de beaucoup de médisances).

De plus, Grace a réussi à devenir directrice de Barefeet et prend donc toutes les décisions, en accord avec le CA de la structure. Position souvent difficile à tenir…  La Zambie est en effet un pays en voie de développement, qui n’a ni les moyens ni la volonté de financer les politiques publiques, et qui manque singulièrement d’infrastructures (de transport, de communication…). La situation financière de Barefeet est donc compliquée, les financements provenant essentiellement de sponsors privés, qui imposent leurs conditions et peuvent choisir parmi les très nombreuses compagnies artistiques du pays. Grace mène une lutte quotidienne pour maintenir la structure en état de fonctionner, situation difficile dont on la tient souvent responsable.

Grace fait preuve d’énormément de courage et de résistance, avec beaucoup de joie et d’humour. Sa façon de travailler m’a appris que l’empathie, le respect de l’autre et la rigueur n’ont pas de nationalité. C’est une femme bienveillante, qui m’a donné confiance en moi, une femme que j’admire profondément, qui me donne de l’espoir et l’envie de me dépasser. C’est une femme qui participe activement à construire le monde de demain.

Céline Rodriguez Verjan